Gilbert Gress en entretien

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Photo : SF/Daniel Ammann

Ancien joueur pro, entraîneur de renom, commentateur averti de la Coupe du Monde et de la Ligue des Champions pour la télévision suisse alémanique… Gilbert Gress est non seulement une grande figure du football, mais aussi le parrain du tournoi de foot insieme!Cup et de l’année du jubilé. Un engagement des plus logique à ses yeux…

Quand vous avez reçu l’invitation d’insieme Suisse pour être le parrain du tournoi insieme!Cup et de l’année du jubilé, qu’est-ce que vous avez pensé ? Quelle a été votre réaction ?
Disons que je n’ai pas été surpris. Vous savez, je suis engagé depuis plusieurs années dans le monde du handicap, qu’il soit physique ou mental. Je m’investis pour swiss paralympic, par exemple. Et puis je parraine depuis douze ans une équipe de foot de personnes mentalement handicapées à Strengelbach, près d’Aarau. L’équipe s’appelle le FC Traktor azb. C’est une équipe composée de travailleurs d’une usine pour personnes mentalement handicapées.
Il y a deux ans, on a fêté les 20 ans de l’équipe. C’était une fête formidable. Et cette année, à l’occasion des portes ouvertes et puisque c’est l’année de la Coupe du Monde, j’ai invité l’ancien joueur Andy Egli et le présentateur Rainer Salzgeber de la télévision suisse alémanique à participer à un match qui opposait les Traktor à une équipe de journalistes. Il y avait beaucoup de monde et une très belle ambiance.

Comment êtes-vous devenu le parrain de cette équipe de football ?
Cela s’est passé quand j’étais sélectionneur de l’équipe nationale. L’entraîneur de l’équipe des Traktor avait contacté l’ASF – l’association suisse de football – pour demander si je pouvais venir entraîner son équipe juste un jour, en tant que coach spécial. Les Traktor étaient alors en semaine de préparation pour un tournoi à l’étranger. Le secrétaire de l’ASF m’a fait part de la demande, un peu sceptique. Mais moi, j’ai tout de suite dit « Stop, cela m’intéresse ! » Je suis donc parti les entraîner une journée. Depuis, nous n’avons jamais perdu contact. On se voit deux, trois fois par année. Plus pour partager un repas que pour les coacher, en fait. De toute façon, ils ont déjà deux entraîneurs.

Vous avez l’habitude d’être sollicité ?
Oui. Dernièrement, lors d’un passage à Zurich, quelqu’un m’a demandé de parrainer une association en faveur d’enfants en Afrique. J’ai dû malheureusement refuser. Car cela ferait trop. Quand on s’engage, il faut le faire sérieusement. Il faut être présent. Sinon cela ne sert à rien.

Vous êtes à l’aise avec les personnes mentalement handicapées. Comment cela se fait-il ? Avez-vous déjà auparavant côtoyé le handicap mental ?
Oui, cela remonte à mon enfance. Vous savez, mes parents ont toujours eu la porte ouverte. Déjà quand j’avais 10, 12 ans, ils accueillaient une personne légèrement handicapée. Il s’appelait Albert. Il était souvent seul, alors ma famille l’invitait de temps en temps. Il est d’abord venu prendre parfois le café et puis il est venu à Noël et puis à Pâques et puis pour les anniversaires… Et en fin de compte, il était là pratiquement toutes les semaines. (Rire) Il faisait un peu partie de la famille.
Plus tard, quand j’avais 14-16 ans, ma mère s’est aussi occupée d’un enfant lourdement handicapé. Elle l’a gardé tous les jours de la semaine pendant près de cinq ans.

Cela vous a aidé à dépasser les barrières, à vous sentir à l’aise face au handicap mental ?
Cela m’a beaucoup apporté, oui. Je peux dire que j’ai eu une enfance heureuse, avec mon ballon de foot et tous ces invités à la maison. (Rire)
Mais c’est surtout avec l’équipe de foot des Traktor que j’ai fait le pas. Parce que ce n’est pas la même chose de côtoyer une personne avec un handicap ou d’en côtoyer 20 d’un coup ! Il faut apprendre à se sentir à l’aise. Maintenant, je n’ai plus de problème. Mais je peux comprendre que ce ne soit pas le cas pour tout le monde. L’aisance vient avec l’habitude.

Vous êtes un entraîneur de haut niveau…. Quelle différence y a-t-il pour vous entre entraîner une équipe comme les Traktor et entraîner une équipe de Première ligue ?
Ce n’est évidemment pas la même chose. Il n’y a pas la même pression. Bien entendu que quand je suis au bord du terrain pour diriger les Traktor, je crie et je gesticule comme à mon habitude, mais c’est plus pour la galerie…
Pour eux, par contre, il n’y a pas de différence : ils courent et donnent tout. Quand ils entrent sur le terrain, ils veulent gagner. Ils ont leur fierté.
Et puis, attention, il y a de bons joueurs. C’est une équipe qui a du répondant. Ça joue bien. Les autres ont intérêt à s’habiller chaudement car il risque d’avoir des courants d’air dans leur défense !

Qu’est-ce que cela vous apporte d’être leur coach ?
Notre contact est un enrichissement. Pas seulement pour eux, mais pour moi aussi. Quand vous voyez le regard qu’ils vous portent… C’est fabuleux ! Surtout dans la société actuelle qui favorise le m’as-tu vu et le côté matériel des choses. Là, on est loin du football-business et de ses stars qui se permettent un peu tout.

Si vous deviez faire un vœu pour les personnes mentalement handicapées ces 50 prochaines années, quel serait votre souhait ?
Mon vœu serait que l’on puisse fêter les 100 ans d’insieme ensemble. Mais cela va être difficile, vu mon âge… Non, sérieusement, je souhaiterais plus d’intégration. Dans le monde du travail, notamment, mais pas seulement. Aussi au quotidien, dans la rue, partout.
Si la situation a beaucoup évolué, il y a encore du travail à faire. Encore aujourd’hui, il y a des gens qui ne comprennent pas et qui n’acceptent pas le handicap. Je comprends que cela ne soit pas facile. Comme je l’ai dit, c’est la force de l’habitude qui permet de dépasser certaines barrières et certaines peurs. Une fois qu’on est dans le bain il n’y a plus de problème. C’est pourquoi, il faut favoriser cette habitude et les lieux de rencontre.

Gilbert Gress parraine le jubilé d’insieme Suisse.
Il sera le 11 septembre au Stade de Suisse.
Il officiera notamment à la remise des prix.