Gustav en entretien

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Gustav

Photo : Charles Ellena

Derrière le nom de Gustav ne se cache non seulement un chanteur et musicien de talent, mais aussi un bâtisseur de pont entre les langues, les cultures et les êtres humains. Un artiste entier qui donnera tout sur la grande scène d’insieme !, comme à son habitude.

Sur votre passeport, il est inscrit Pascal Vonlanthen. Comment êtes-vous devenu Gustav ?
Il y a un peu plus de dix ans, quand je me suis séparé du groupe de mon enfance pour mettre sur pied mon projet personnel, j’ai cherché un nom de scène. A l’époque, je ne pouvais pas m’imaginer entrer sur scène avec mon vrai nom. Gustav est alors devenu mon nom et mon programme. Il passait bien avec le titre de mon premier disque « Gustav und das Kummerorchester » et de ma première tournée. Au départ, Gustav était un simple personnage de scène, une projection, un récipient pour accueillir mes épanchements. Mais chaque album est aussi une sorte de découverte de soi. Et après 6 albums, je peux dire que Gustav et Pascal sont une et même personne. En fait, aujourd’hui, je devrais m’appeler GusPal ou PasGu ou GusCal ou…

La production de votre nouvel album « 666 » a été difficile. Vous êtes-vous parfois retrouvé à bout de souffle durant sa création ?
On peut le dire, oui. Peu d’auditeurs sont conscients du travail que représente la production d’un album. Il y a aujourd’hui une telle offre en matière de musique, que l’estime liée à ce travail est bien trop petite. C’est dommage et frustrant, mais notre société veut cela et nous devons l’accepter en tant qu’artiste.
Une fois l’album fini, je n’ai malheureusement pas pu me reposer, car j’ai dû enchaîner avec l’organisation de ma tournée. Je ressens cruellement les efforts fournis ces derniers mois, mais mon travail en tant que musicien me procure un tel plaisir que je retrouve toujours de nouvelles forces.

« 666 »… Un tel titre demande une explication !
C’est mon sixième album. Il y a 6 chansons en allemand et 6 en français… Voilà l’explication la plus courte que je peux vous donner. La version longue dépasserait largement le cadre de cet entretien… Mais en deux mots, voici ce que je peux dire : ma musique est toujours liée à un concept qui se trouve dans le titre de l’album. 666 représente le nombre 999 inversé, qui chez les numérologues sont les chiffres du Mal et du Bien. Ce sont des contraires. Clair et sombre, etc. Là où les contraires se rencontrent, naissent des histoires passionnantes. J’ai essayé de les saisir dans mon album. « 666 » – ou « 999 » – est aussi un disque très personnel qui rappelle qu’après « Jardins de mon cœur » j’ai vécu deux années très intenses durant lesquelles j’ai pu et dû vivre beaucoup de joie et de chagrins. Ces expériences fortes ont influencé ma musique. Comme si écrire des chansons était une forme de psychothérapie.

Selon vos propres termes, votre problème est une âmesensiblebalayéedeventsinstables. Entrevoyez-vous l’espoir d’une guérison ?
Je suis un songwriter authentique, honnête et spontané. Je ne cherche pas à faire des tubes, mais j’écris des chansons sur ma façon de voir le monde, selon ma sensibilité, mes pensées, mes vœux, rêves, peurs, etc. Pour ce travail, il faut pouvoir laisser libre cours à ses sentiments. Je dois d’abord ressentir quelque chose avant de pouvoir écrire sur un sujet et chanter. Je ne veux pas simuler des sentiments, mais les empaqueter dans des chansons afin que les gens puissent à leur tour les déballer. Si l’on veut ressentir quelque chose, il faut s’ouvrir, être sensible et laisser les choses qui nous entourent nous pénétrer. Quand je suis créatif, je suis ouvert, vers l’extérieur et vers l’intérieur, tout peut entrer et sortir. C’est une sensation désagréable parfois, parce que tout fait mal en quelque sorte. Heureusement, j’arrive ensuite à me refermer. Mais on n’est jamais guéri de ça. Ou plus exactement, je ne veux pas guérir. Ce processus est un aspect très important de ma créativité.

A quel genre musical appartenez-vous ?
Je ne m’inscris dans aucun genre musical. J’adapte ma musique à un concept. Quand ce concept demande de recourir à un genre précis, alors j’écris une chanson qui sonne comme un tango, une valse, du rock ou je ne sais quoi encore. Je suis un musicien libre, qui aime la musique sous toutes ses facettes.

Le texte tient-il une place importante dans vos chansons ?
Au début, le texte n’avait pas une grande importance pour moi. Je ne savais souvent pas sur quoi écrire, je commençais à écrire à partir de rien et trouvais un truc. Aujourd’hui, les paroles sont très importantes. Je partage mon processus créatif en deux moments bien distincts. En premier lieu, je m’occupe de la musique. Je compose de façon très spontanée, « avec les tripes », je joue au hasard, cherche des mélodies, des harmonies, des rythmes. C’est un travail qui ne demande pas d’activité cérébrale, mais du cœur et de la sensibilité. Quand la musique est finie, j’attaque le texte. Je lis beaucoup, je parcours mon carnet de notes, je cherche des histoires que j’aimerais raconter. Ce travail est complètement différent, très intellectuel. Je reste assis à mon bureau et j’écris, penché sur mon ordinateur, je planche sur un paragraphe, écris un mot, une phrase. Et petit à petit naissent des poèmes qui doivent plaquer avec la musique, tant au niveau du sens que du rythme. C’est parfois un processus exaspérant. Je passe beaucoup plus de temps à écrire les paroles qu’à composer la musique. Quant aux chansons en français, je les compose avec un parolier suisse romand.

Vos chansons naviguent entre insouciance enfantine, espièglerie et commentaires subtils. Comment réagit le public à ce menu chargé ?
Mes textes ne sont pas du tout difficiles à digérer ! Je ne cherche pas à livrer un contenu compliqué. Et je trouve que ma musique est, elle aussi, plutôt une nourriture légère. C’est souvent la simplicité d’une chanson que le public comprend rapidement et qui le libère, le pousse à chanter, danser et lui permet de passer une super soirée de concert. Finalement, c’est ce que tout le monde veut, tant le musicien que le public et l’organisateur.

Le 11 septembre, vous serez sur la scène du Stade de Suisse devant un public composé en partie de personnes mentalement handicapées. Est-ce votre premier concert de ce genre ?
Non, je ne crois pas. Mais à vrai dire cela m’est complètement égal. Je fais de la musique qui ne connaît ni frontière ni handicap. J’ai bien déjà été invité pour une soirée du centre de rencontre d’insieme Zurich. Je me rappelle que quelqu’un dans le public n’arrêtait pas de pleurer, il voulait voir Toni Vescoli, l’insolent, je vous jure ! Je l’ai obligé à venir sur scène avec moi et à jouer des maracas. Du coup, il a enfin été tranquille. Et après le concert, il m’a battu à plat de couture au ping-pong.

Que fait Gustav juste avant de monter sur scène ?
Je chauffe ma voix – plutôt mal que bien, je pompe l’adrénaline dans mes veines, je sautille sur place, je donne deux, trois consignes à mon groupe qui de toute façon les oubliera aussitôt, ensuite je souhaite du plaisir à tout le monde. Le groupe va sur scène, fait un peu de bruit, pendant que moi, caché derrière le rideau, je fais presque pipi dans mes pantalons d’excitation, et puis 1, 2, 3, badabadabadaboum… le concert commence !

Gustav avec les frères M. (trio)
sera en concert sur la grande scène
en soirée, vers 20h30

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